Le jour où j’ai quitté l’Algérie pour Twitter !!

twitterRécemment, j’apprends dans les médias qu’une certaine opposante au régime algérien et figure de proue du mouvement Barakat à menacé de quitter le pays si jamais Bouteflika se décide de se présenter pour un 5ème mandat. Je me suis alors rappelé du jour où j’avait quitté le bled pour Twitter.

Comme pour cette opposante, j’ai eu marre d’un régime qui ressemble chaque jour de plus à la Mafia. Une junte militaire, soutenue par des politicards corrompus et opportunistes, s’est accaparée du pouvoir et de toutes les ressources du pays, et a décidé à ne pas lâcher les règnes du pouvoir même au prix de profaner les lois de la constitution, ou de désintégrer le pays.

Mais contrairement à cette opposante, moi, je n’ai pas les moyens de partir ailleurs qu’en Algérie, car, comme le drame algérien le voulait, toutes les autres destinations m’étaient fermées. Aussi, comme beaucoup de mes compatriotes, j’ai cherché refuge auprès d’un pays où il était facile de bâtir la vie que l’on rêve d’avoir, et où toutes les libertés sont permises . Tout le monde le dit : dans ce pays, la procédure administrative pour s’y établir est très facile, et contrairement à d’autres pays, la nationalité y est accordée immédiatement et on l’a aussi longtemps qu’on se conforme aux règles de civilité; des règles qui sont d’ailleurs peu nombreuses, et difficiles à contrevenir.

Dans ce pays, les gens expriment leur opinions librement et la nature de l’opinion que tu exprimes importe peu, car il y a toujours des gens qui seront d’accord avec toi. D’ailleurs le plus on s’exprime, et le plus populaire on devient. C’est ce qui fait de ce pays la nationalité la plus convoitée dans le monde même pour beaucoup de ressortissants de pays européens et nord-américains.

Cela dit, les premiers mois d’installation ne sont pas toujours faciles. Souvent, les gens fuyant les contrariétés de leurs pays d’origine, trouveront beaucoup de difficultés à s’adapter aux  libertés excessives. Le conservatisme accumulé pendant des années pousse les nouveaux arrivants à la déprime, et les rends même nostalgiques aux vielles habitudes. D’autres tombent dans l’excès dans toute chose et ne peuvent se retenir devant le besoin presque bestial à décrier à tout bout de champs tout ce qui les attache à leur pays d’origine.

Vous comprendrez bien qu’il n’est pas facile pour certains d’être exposés à toutes ces idées nouvelles, ces options, ces choix, et ces opinions, aux quels ils n’étaient pas auparavant exposés. Au départ, ça demande beaucoup d’efforts de faire la part des choses et former avec sérénité sa propre opinion.

Ce qui est intéressant dans ce pays, comme en France ou au Canada, les algériens ne parlent que du bled et des belles vielles années qui souvent n’ont jamais vécus. Le plus intéressant encore, c’est que les algériens restés au bled ne savent plus se rencontrer qu’à l’étranger. Ils se voient alors obligés de faire des incursions dans ce pays pour se voir, échanger de leurs nouvelles,  découvrir de nouvelles connaissances et échanger des idées. Il y a même des gens qui font le voyage aller-retour juste pour y crier une opinion ou lancer une controverse. Pour beaucoup, c’est la seule façon de s’exprimer d’ailleurs. J’ai même connue des gens qui y vont pour chercher l’âme soeur et pour se marier.

Twitter royaume accueillant qu’il est, est aussi un refuge pour les opposants, les indépendantistes, les prêcheurs, et les révolutionnaires de tout bord. Le gouvernement n’a pas arrêté de se plaindre contre les agissements de ces perturbateurs jusqu’au jour où il a compris que la seule chose qui reste à faire et d’y envoyer ses propres agents pour contre-carrer leurs plans. C’est dans cette vision que les Imams sont poussés par leur ministre à rejoindre ces égarés dans leurs propre refuge et de les confronter avec un Islam tolérant et pacifiste. Mais je pense que c’est surtout pour l’état d’étendre son emprise sur la destiné des gens même dans ce pays en utilisant une religion qui s’aligne parfaitement aux aspirations du régime.

Le bled est presque mort, c’est une carcasse où les gens n’y font que manger, travailler et dormir. Tout le reste est fait ailleurs : les rencontres, les relations, les interactions, les transactions. Tout se fait dans le royaume de Twitter ou dans d’autres pays semblables comme Facebook ou Instagram. Pour ma part, j’aime la brièveté dans mes actions et la concision dans l’expression de mes opinions. J’ai fait auparavant une incursion vers Facebook, mais il y a beaucoup de violence et la sécurité de ses citoyens n’est pas garanti.

Donc voilà, depuis 2013, je vis ma vie dans ce royaume. J’ai mes propres voisins. J’y ai fait la connaissance de gens avec qui je partage beaucoup de choses, mais aussi des gens avec qui j’ai peu en commun. Cependant, comme des uns et des autres, je ne cesse d’apprendre sur le bled et sur ceux qui viennent du bled en les croisant à chaque tournant de ce royaume.

 

 

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Un Ramadan comme il se doit

dattes2Ramadan est l’occasion pour les musulmans pour faire la mise au point annuelle sur leur vie quotidienne et spirituelle. En faisant ma propre mise au point je m’étais demandé que faut-il vraiment faire pour passer un Ramadan conformément au message qu’il transmet. Que faire pour passer un Ramadan comme il se doit ? On sait tous bien que pour beaucoup faire son Ramadan comme il se doit revient surtout à avoir un ftour comme il se doit. Moi, je vois les gens en deux catégories de jeûneurs : les jeûneurs dont le repas du ftour n’est autre qu’une   revanche personnelle chorba2contre les quelques heures d’abstinence.  La deuxième catégorie, en voie de disparition d’ailleurs, représente ceux dont la table du ftour est une réponse savante aux onze mois de gaspillage et de consommation sans réserve. Passer un Ramadan comme il se doit consiste, pour moi, à passer de la première catégorie à la deuxième.

bourak2La table typique d’un ftour ramadanesque est copieusement garnie de bout en bout avec toute sorte de délices qui font plaisir à nos sens mais qui souvent excèdent notre capacité digestive; un vrai festival culinaire où tous nos sens trouvent leur compte. Comme il est de coutume, on y trouve d’abord des dates et du lban pour rompre le jeûne. Vient en entrée la chorba qui varie selon les régions : chorba frik, chorba hrira, chorba vermicelle, chorba blanche, etc. Souvent la chorba est accompagnée avec du bourak qui lui aussi vient en variétés : le bourak à la viande hachée, bourak à la crevettes, bourak au poulet, bourak à la pomme de terre, bourak au ton, bourak aux épinard, bourak au fromage, etc. Bien sûr n’allez pas penser que les variétés de bourak tajine djaj2s’arrêtent là car la cuisine de la famille algérienne s’est enrichie avec des recettes venant de toutes les régions du pays.  Ensuite, arrivent les plats principaux. Typiquement, on y trouve les chtithas, les tajines, et les zouaij. Chtitha djaj ou lemthouem sont les plats traditionnels préférés des papas. Cependant, il y a autant de choix qu’il y a de jours dans un mois de Ramadan : tajine bezitoune, tajine djaj, tajine aux artichaux farcis, dolma, tajine kefta, jelbana aux arctichaux, lhem fil four, …etc. Mais s’il y a  matlou3quelque chose qui caractérise le ftour algérien c’est bien le tajine hlou dont chbeh essofra est la version algéroise. Lehlou est servit à la fin du ftour mais souvent avant les salades. La table algérienne est en général garnie de deux sortes de salades : une slata khadra et slata felfel, mais la liste est interminable. Là, il faut faire place à un élément important du menu : le pain. Ramadan est l’occasion pour beaucoup pour revenir au pain traditionnel khobz elmatlou3. Certains puriste lham_lahlou2estiment qu’un ftour sans matlou3 est presque mamnou3 (intérdit). On ne peut pas non plus conclure le menu du ftour sans parler de boissons ? A part lben au début, le menu du Ramadan est considéré diminué s’il ne contient pas Hamoud Boualem. Mais une variété de jus de fruits, de citronnades et de boissons gazeuses est souvent présente.

zlabiya2Il faut dire que devant une telle table il est difficile de se retenir. En plus beaucoup de mamans trouve du plaisir à préparer une bonne table en changeant de menu chaque jour de Ramadan et en partageant ces délices avec tous les membres de la famille. Mais ceci n’empêche pas cela, car Ramadan peut tout aussi bien être l’occasion de faire une halte d’un moment, faire face à soi-même et tenter de changer les suite de choses dans la bonne direction.

Pour changer les choses dans la bonne direction tout en continuant à se faire plaisir, il n’y a pas mieux que de partager ce plaisir avec les nécessiteux. Et croyez moi, les nécessiteux sont beaucoup autour de vous. De la table que vous avez préparée, prenez 3 dates et 1 vers de lban et mettez-les de coté; prenez 1 à 2 louches de votre délicieuse chorba et 1 à 2 bourakas et mettez-les de coté; prenez 1 à 2 grosses cuillères de chacun des tajines et des salades et mettez-les de coté avec les autres portions que vous avez retranchées auparavant;  ajoutez y 1 à 2 morceaux de pain. Envelopper le tout avec gaieté et reconnaissance et offrez le à quelqu’un qui en a besoin.

Faite ça chaque jour du Ramadan, et vous aurez passé un Ramadan comme il se doit.

Pourquoi il ne faut pas se facher pour avoir perdu l’organisation de la CAN2017

viol stadeAu début j’ai dit “Merde !” Ensuite, en se calmant, j’ai un peu réfléchi et arrivé à la conclusion qu’après tout, ne pas pouvoir organiser la CAN2017 n’est pas une mauvaise chose. C’est même une bonne chose. En fait, nous sommes un pays qui n’est pas encore prêt pour recevoir des hôtes, même si ces hôtes viennent d’Afrique. Notre pays est comme une famille pauvre qui n’a pas les moyens pour offrir l’hospitalité à qui que ce soit. Notre pays est à peine viabilisé pour accueillir ses propres citoyens. Continue reading