Plaidoyer pour un Tamaziɣt en Arabe

Apprendre la langue berbère pour un Algérien non-berbère n’est pas une pratique courante. D’ailleurs je ne connais guerre d’Algérien arabophone qui a appris à parler le berbère autrement que par nécessité académique. Bien sur le statut historique de Tamazight par rapport à l’Arabe y est pour beaucoup. Mais aujourd’hui on parle d’officialisation de Tamazight et, par conséquent, on s’attend à ce que les gens commencent à se familiariser non seulement avec le parler Tamazight mais aussi avec le texte amazighe. Malheureusement il y a plus d’écrits sur la langue que dans la langue.

Bien entendu avec le débat politisé qui règne aujourd’hui, les énergies sont canalisées ailleurs que dans une vraie promotion de la langue et de la culture berbères. Aussi, la langue berbère est restée confinée dans un cadre folklorique alors qu’elle a le potentiel de s’ériger au rang des langues ‘vives‘. En bénéficiant de ma position de out-of-the-box je me permets de lancer quelques suggestions que je crois pertinemment pouvoir aider à la revalorisation de  Tamazight et à sa promotion non seulement auprès des berbérophones mais aussi auprès de leurs concitoyens arabes.

Image

Tamazight Jebel Nefusa

 

Écrire Tamazight en Arabe

Tout d’abord j’appelle à mettre de côté les querelles idéologiques et opter pour l’écriture de Tamazight en utilisant l’alphabet arabe. Bien sur cela pourrait paraître provocateur pour les puristes, mais lorsque l’on y pense mûrement on réalisera que la langue arabe pourrait être l’alliée de prédilection de Tamazight. En effet, la majorité des Algériens, arabes ou berbères sont plutôt imprégnés de la culture arabe et maitrisent en premier lieu l’Arabe (même si certains Arabes et Berbères ne ménagent aucun effort pour projeter le contraire). Il serait alors tout à fait logique que l’accès aux produits culturelles berbères soit plus facile si ces produits étaient transcrits en Arabe.

tifinagh

L’écriture Tifinagh

Aussi, un enfant qui a baigné pendant douze ans de scolarité dans une éducation arabisée trouverait plus de facilité à lire un texte de Tamazight transcrit en Arabe que lorsqu’il l’est en Français ou en Tifinagh, un langage millénaire qui avait cessé d’être utilisé pendant plusieurs siècles. Dans le premier cas l’effort est focalisé sur l’apprentissage de Tamazight seulement, alors que dans le deuxième cas il l’est aussi sur l’apprentissage de Tifinagh. Cette proposition n’a pas seulement un caractère pratique, mais bénéficie aussi de fondements historiques puisque depuis l’islamisation de l’Afrique du Nord Tamazight était écrit en lettres arabes comme attesté par plusieurs textes.

Qanun_At_Ali_u_Herzun abridged

Qanun At Ali Ou Herzoun (dialecte kabyle transcrit en lettre arabe)

Berbériser” la littérature algérienne

En deuxième lieu, qu’est-t-il de plus sérieuse entreprise pour la promotion de Tamazight que celle de traduire dans cette langue les principaux oeuvres de la littérature algérienne. Il faut sortir du complexe puriste qui consiste seulement à produire des textes originaux en Tamazight. Il faut présenter aux lecteurs berbérophones mais aussi berbérophiles des textes traduits en Tamazight; de Nedjma (Kateb Yacine), au “اللّاز” (Tahar Ouattar), à “ذاكرة الجسد” (Ahlam Mosteghanemi), à Les Anges Meurent De Nos Blessures (de Yasmina Khadra), … etc; tous ces oeuvres devraient être traduits en Tamazight pour enrichir la bibliothèque algérienne berbère. Mais cette entreprise ne saurait réussir sans la présence de dictionnaires Arabe-Berbère, Français-Berbère, et même Anglais-Berbère.

Cette entreprise de vulgarisation du texte berbère passe par la facilité d’accès à ce texte; et qu’est ce qu’il y a comme contenu de plus accessible en Algérie sinon le texte arabe. Imaginer Echourouk ou Ennahar, les deux quotidiens arabophones les plus répandus sur le territoire national, possédant une version berbère transcrite en Arabe; imaginer les poèmes de Si Mohand Ou Mhand  transcrits en Arabe et occuper les rayons des librairies arabophones. Aussi, mettre à la disposition des lecteurs familiarisés avec l’écriture arabe, le texte berbère aidera énormément à hausser la pénétration de Tamazight dans la société algérienne.

Conclusion

En conclusion, il est temps pour nous de sortir des schémas de pensées archaïques dans lesquels beaucoup se sont trouvés pendant longtemps, et de réorienter le débats vers des solutions modernes, réalistes et constructives. Le fait est que, les Berbères ont su évoluer dans une culture arabo-islamique pendant des siècles, une longue période pendant laquelle, les Imazighen ont pu faire un impact notable autour d’eux, mais aussi être influencés linguistiquement et culturellement. Aujourd’hui, le salut de Tamazight et de s’adapter en s’ouvrant vers l’environment dans laquelle elle évolue. Je conçois que mes suggestions n’aident en rien si l’on part d’une base séparationiste ou indépendiste. Seule m’intéresse, ici, une contribution viable à la préservation de la culture berbère et la promotion de sa langue.

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5 thoughts on “Plaidoyer pour un Tamaziɣt en Arabe

  1. Post très interessant ! J’ai rencontré beaucoup de Derjaphone qui ont appris le Kabyle non pas par necessité académique mais parce qu’ils sont venus en Kabylie pour travailler et s’y sont installés. Les algériens bougent beaucoup mine de rien, les échanges commerciaux et le travail jouant un role déterminant dans ces mouvances.

    • Je suis content d’apprendre cela. Ma connaissance (peu fiable) est limitée à mon oncle qui a vécu, travaillé et décédé (1959) en Kabylie. Il y est enterré. Aux dires de ma grande mère, Il parlait parfaitement le Kabyle.

  2. A bejaia il y a des “tribus” entieres d’Arabes mis par la France en Kabylie pendant la colonisation et qui sont devenus Kabylophones (meme si certains persistent a les appeler Arabes). De meme plusieurs Arabes qui vivent parmi nous ont appris la langue et leurs enfants sont pour ainsi dire… Kabyles.

    J’ai personnellement une preference pour l’utilisation de Tifinagh (faudra se mettre d’accord sur une version), mais avant tout cela, il faudrait depassionner le debat.

    PS: Un ecrivain et traducteur Kabyle dont j’ai oublie le nom traduit des oeuvres en Kabyle (j’ai en tete sa traduction d’un recueil de la Syrienne Maram El Masri).

  3. Il est très vraisemblable que certains Kabyles soient d’origine arabe. Et cela est tout à fait normal vues le mouvement des gens à travers les diverses périodes de l’histoire. Cependant, la question est à quel point est-t-il facile pour un Arabe d’aujourd’hui, s’intéressant à l’autre principale langue du pays (qu’est le Berbère), d’apprendre cette langue.

    Quand à Tifinagh, bien sur, rien que pour des raisons académiques il est tout à fait préférable pour moi que le Kabyle ou autre variante du Berbère soit transcrit dans les lettres qui lui sont propres. En tout cas je préférerai Tifinagh aux lettres latines. Ce à quoi je voulais attirer l’attention est de s’assurer que les petites querelles idéologiques qui empoisonnent le débat sur la question aujourd’hui, n’obstruent pas une solution à porté de main et qui soit pratique et efficace. Mais bon, le débat est toujours ouvert.

  4. Interressant, mais pourquoi appeler arabes les non kabyles ? Personnelement je propose de commencer par “reconquerir” les non kabyles en rehabilitant les Amazigh de Jugurtha a Matoub Lounes en passant par Ibn Toumert Abdelmoumen Yaghmoracen et autres , reconstituer notre identite et en etre fiers. Diffuser les textes anciens existants , la BN pourrait facilement numeriser et mettre en ligne les manuscrits dans tous les domaines, faire redecouvrir a ceux qui se cherchent des origines arabes leur fond Amazigh et leurs differences avec les Saoudiens et rappeler qu on peut etre bon musulman sans etre arabe etc …

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