50 ans d’indépendance c’est aussi l’éclipse d’un régime

alg_govEn lisant quelque part que le Parlement français prépare un rapport détaillé sur la situation politique en Algérie, et plus particulièrement celle des présidentielles prévues en Avril 2014, je m’étais demandé qu’est ce qui est si important et si pressant pour que les Français s’inquiètent aussi subtilement de l’avenir de l’Algérie. Si c’est la première fois que le Parlement français demande à avoir des clarifications, c’est que c’est la première fois depuis très longtemps que les perspectives politiques algériennes au futur sont beaucoup plus proches du flou que d’autre chose.

Le plan

Bien entendu, les récents changements dits historiques dans la scène politique algérienne pourraient apporter quelque  lumière sur ce qui se passe dans le pays et même sur ce qui peut en advenir dans un futur proche. En effet, dès son retour de son voyage de convalescence en France, Bouteflika se précipita à mettre en branle un plan à trois phase qu’il avait mûrement préparé pendant son absence. D’abord un remaniement ministériel qui a tout l’air d’une tactique trop élaborée pour un président et un gouvernement sortant. Mais on comprendra plus loin la finalité de cette tactique lorsque l’on comprend l’étape actuelle de l’histoire que traverse l’Algérie. En deuxième phase, Bouteflika procéda à des changements profonds au sein de l’appareil sécuritaire, où le fameux DRS se trouva amputé de trois de ses services des plus importants. Bien sur  tout le monde qualifia cette opération comme relevant du génie légendaire de Bouteflika et de sa capacité à rendre les coups au moment où il est le plus vulnérable. Je vous le dis tout de suite. Je ne crois pas à la lutte de pouvoir entre Bouteflika et Mediene et encore moins à cette victoire mémorable d’un président diminué contre le DRS. Pour moi, tout ce qui est en train de se dérouler se fait selon un plan consentit par la présidence et les services.

L’impossible 4ème mandat 

Quand aux objectifs réels de ces changements, toutes les analyses se convergent vers deux scénarios plausibles qui pourraient expliquer le mieux cette nouvelle configuration politico-sécuritaire. Le premier scénario privilégie la continuité dans la pure tradition du parti unique et de la gouvernance centralisée, et par conséquent, voit naturellement Bouteflika briguer un 4ème mandat. Ce scénario plairait à tout le monde inclus tous les cercles rentiers qui, pendant quinze ans, se sont formés autour du président. Cette éventualité plairait aussi à la France qui voit dans la personne de Bouteflika un vrai ami et dans sa politique un alignement pertinent avec de celle de la France. Cependant ce scénario fait face à des contraintes difficiles à surmonter, car vu son état de santé, le président n’est pas à même de continuer à gouverner. Le deuxième scénario se présente alors comme le plan B du premier, mais cette fois-ci en continuité dans la pire tradition de ce régime, à savoir la déception et la tricherie. C’est à dire, lorsqu’on ne peut pas faire mauvais, on fait pire. Les adeptes de ce scénario, prédisent que justement à cause de la santé du président et de son impossibilité de durer encore quatre ans au pouvoir, son mandat serait tout bonnement étendu pour deux autres années. Bien sur, aux questions “Est-ce que tout ça est constitutionnel?”, “Qui va défendre ces scénarios?” ou “Va-t-on accepter ces scénarios?”, eh bien! là vient l’utilité d’avoir un Medelci à la tête du Conseil Constitutionnel, Louh à la Justice, Belaiz à l’Intérieur, Lammamra aux Affaires étrangères et Messahel à la Communication, diraient les analystes. Toutefois, moi, j’ai une autre théorie.

L’éclipse d’un régime

On ne peut pas s’empêcher d’avoir des doutes sur l’explication de ces efforts à maintenir un président malade au pouvoir coûte que coûte. Cette explication me parait tout simplement invraisemblable. Pour moi, la 3ème phase de ce plan n’inclus pas Bouteflika comme président au delà d’Avril 2014, ni d’ailleurs Toufik à la tête du DRS. En fait ce qui est vraisemblable pour moi est qu’après 50 ans d’indépendance du pays, toute une génération qui a gouverné l’Algérie avec une main de fer et de sang arrive tout naturellement à sa fin inéluctable. Ceux qui avaient 25 ans en 1962 ont 76 ans aujourd’hui. Ces hommes forts du régime algérien, qu’ils soient d’anciens baroudeurs de la guerre de libération, d’anciens membres du MALG (ministère de l’armement et des liaisons générales) ou comme pour beaucoup d’anciens de la DAF (déserteurs de l’armée française), qu’ils soient des faiseurs de présidents, ou des conspirateurs sans visage, ils arrivent tous à leur fin de carrière. Parmi ceux là plusieurs sont déjà parti en retraite comme le général-major Mohamed Touati dit El Mokh (76 ans) et le général-major Khaled Nazar (76 ans). D’autres devraient inéluctablement se retirer des coulisses du pouvoir dans les mois à venir y compris l’actuel chef d’état major le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah (73 ans) mais encore plus particulièrement celui qui est à la tête du DRS pour plus de 20 ans, le tout-puissant, l’omnipotent, général de corps d’armée Mohamed Médiene dit Toufik (74 ans). Ces dernières années ont vu quelques uns de ces hommes décéder: le général-major Smain Lamari (2007, 72 ans), général-major Larbi Belkhir (2010, 73 ans), général Mohamed Lamari (2012, 73 ans), ainsi que les trois anciens présidents Chadli Bendjedid (2012, 83 ans), Ahmed Benbella (2012, 96 ans) et Ali Kafi (2013, 84 ans). Ceux qui s’accrochent encore au pouvoir se voient fréquemment évacués vers les hôpitaux européens pour se faire soigner comme l’était récemment le tout nouveau ministre de la communication Abdelkader Messahel.

La 3ème phase et la hantise du passé

L’état algérien n’a pas fait un bon travail pour renouveler ces cadres supérieurs et s’est contenté de recycler sa vieille garde. Parmi cette vieille garde beaucoup ont été d’une façon ou d’une autre directement impliqués dans le drame algérien pendant la décennie noire. En outre et plus récemment, ce régime s’est vu terni par les scandales de corruption et d’impunité. Pour beaucoup d’Algériens post-révolution, ce régime incarne une génération qui a failli aux attentes de ses citoyens. Aujourd’hui, ce régime ne veut surtout pas partir sans prendre des dispositions nécessaires à même de lui éviter et à ses membres d’être inquiétés dans le futur comme l’a été et continue à l’être Khaled Nazar ou pour d’autres raisons l’ancien ministre des hydrocarbures Chakib Khalil. Avec les soupçons d’exactions multiples pendant les années 90s et la gabegie totale qui pèsent sur la tête de ce régime, Il lui était donc primordiale de s’assurer que ceux qui viendront après soient occupés par autre chose qu’à chercher la petite bête aux anciens apparatchiks. Cependant, le régime n’a pas eu le temps de préparer convenablement la passation du pouvoir et s’est vu prendre à court par la maladie de Bouteflika. Aussi, la 3ème phase consiste à s’assurer de l’immunité totale à ce régime contre toute poursuite morale ou légale dans le futur. Cette immunité est particulièrement destinée aux militaires et au président et son entourage.

Ce plan avait déjà commencé lors des élections législatives de Mai 2012, et ce n’est pas fortuit que Bouteflika ait lancé tab djnana. La conséquence immédiate était l’installation d’une APN à majorité FLN des plus médiocre de tout les temps avec une nouvelle classe politique composée de nouveaux arrivistes, d’opportunistes, et de charlatans politiciens; en somme le détritus de la société algérienne. C’est cette classe politique qui alimentera en hommes et femmes le nouveau régime.

Conclusion

C’est pourquoi je ne pense pas qu’il y aurait un 4ème mandat. En toute éventualité les Algériens auront à voter pour un autre président que Bouteflika et apprendrons qu’ils ont un nouveau rab edzair. Il reste à savoir sur qui va tomber le choix du régime sortant pour mener l’Algérie vers une nouvelle époque. Le nouveau président de la république multipliera ses efforts pour construire la nouvelle Algérie, mais contribuera surtout à la naissance du nouveau régime algérien.

Bien entendu tout ça n’est qu’une théorie, mais pas n’importe laquelle. S’en est une dont la validité ne va pas tarder à se révéler dans les semaines à venir.

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