5 Octobre 1988: 25 ans après, qu’est ce qui a changé?

ImageLe 5 Octobre 1988 représente une date importante dans la conscience collective du peuple algérien. C’était le premier soulèvement populaire contre le régime de l’époque qui, seulement 25 ans après l’indépendance, commence à montrer son incapacité à faire face aux nouvelles exigences d’une population jeune à 75%, impatiente et plutôt tournée vers le future. Ces jeunes avaient cassé tous les tabous politiques institués par leurs ainés. Il étaient descendus dans les rues d’Alger et des principales villes d’Algérie pour exprimer leur ras-le-bol du dictat du FLN et des forces occultes qui sont derrière ce parti unique.

Bien entendu, les événements de 88-92 ont une signification qui est différente pour la génération d’aujourd’hui, car aujourd’hui un jeune de moins de 30 ans n’avait pas vécu ces événements, ou était trop jeune pour en avoir un souvenir quelconque.  Étant plutôt de la génération 88, je ne peux que spéculer sur le regard des jeunes d’aujourd’hui sur ces événements qui doit être surement plus nuancé mais certainement complexe. En fait, les jeunes d’aujourd’hui sont préoccupés par complètement autre chose. Il ont leurs propres revendications: des revendications plus actuelles et beaucoup plus concernées par le travail, le logement et la cherté de la vie. Donc ne vous attendez pas à des discussions idéologiques sur la démocratie entre les jeunes d’aujourd’hui — contrairement à ceux engagés dans leur cinquantaine, mais certainement pas entre ceux de plus de 70 ans. Les émeutes de janvier 2011, dites “de l’huile et du sucre”, et qui coïncidaient avec le début du printemps arabe en Tunisie, ont été tout de suite qualifié par plus d’un de manifestations contre la cherté de la vie. Le régime algérien n’a pas tardé à les différencier du printemps arabe qui commençait à se propager partout dans le monde arabe.

Deux ans après le début du printemps arabe, il est légitime aujourd’hui de comparer la génération 88 avec celle de 2011 et où il est possible de faire une analyse quelconque. Aussi, je ne pense pas trop me tromper en qualifiant la génération 88 de génération idéologique, alors que celle d’aujourd’hui comme étant plutôt pragmatique. Ce constat serait plus clair par l’observation des comportements sociaux et des discours et débats entretenus à l’époque et aujourd’hui. Ainsi, avant l’éclatement des événements de 88, il y avait tout un préalable qui coïncidait avec l’aire du défunt Chadli Bendjedid et le libéralisme économique et politique relatif qui régnait à son époque. Malgré le régime autoritaire du parti unique qui prévalait à l’époque et qui continuait à limiter les libertés individuelles et de la liberté d’expression, des débats idéologiques intenses se manifestaient ici et là mais hors des canaux de communication officiels. De la question identitaire, au rôle de l’Islam dans la société, à la question de la démocratie et de la liberté d’expression, au statut de la femme, tout se débattait à voix plus ou moins basse. Les événements 88 est à mon avis le déferlement ultime de tout ce bouillonnement socio-politique. Ce qui s’est passé après 1992 était dans l’objectif de contrôler ce déferlement.

En janvier 2011, c’est autre chose qui s’est manifesté mais de manière similaire à Octobre 88. Là c’est plutôt un préalable caractérisé par une économie parallèle qui a fait place à une nouvelle classe de nouveaux riches qui depuis l’arrivée de Bouteflika avait investi les arcanes du pouvoir. Leur force à coté des militaires, les vétérans du FLN et les vieux caciques du pouvoir, c’est d’être les seuls à savoir gérer les affaires économiques du pays. Et les jeunes dans tous ça? Eh! bien, cette jeunesse veut arracher sa part du gâteau à travers un jeu qu’elle a perfectionné depuis 1992. Aussi, ce n’est pas fortuit qu’à quelques jours dans le printemps tunisien, nos jeunes descendaient dans les rues non pas, comme beaucoup le prédisaient pour revendiquer leur droits civiques et politiques ou pour le départ du régime, mais plutôt pour commencer une longue série de revendications salariales, droit à l’emploi, droit au logements, contre la cherté de la vie, etc. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire du pays, des jeunes du Sud se soulèvent à Laghouat, à Ouargla et ailleurs pour manifester eux aussi leur détresse et réclamer plus d’équité dans l’emplois et le développement local. Face au printemps arabe qui fait rage à nos frontières, il est facile de deviner l’issue du bras de fer entre l’état et les jeunes. L’état ne lésine pas sur les moyens: des prêts ANSEJ sans intérêt, des logements pour les jeunes célibataires, des hausse de salaire, des directives multiples pour calmer le jeu.

En conclusion, d’un coté une jeunesse qui a fait la guerre de libération mais qui, à l’automne de sa vie, continue a s’accrocher au pouvoir et qui n’est pas prête à lâcher le butin. De l’autre coté, une jeunesse qui malgré tout est plein d’espoir qui sait aujourd’hui comment faire tête à ses ainés, et sait que son temps est venu pour prendre les choses en charge et pour ré-inventer une nouvelle Algérie, leur Algérie. Ce temps n’est pas loin. En fait, il est temps.

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2 thoughts on “5 Octobre 1988: 25 ans après, qu’est ce qui a changé?

  1. Je dirais que ce qui différencie 88 d’aujourd’hui est qu’à l’époque, on croyait encore en un destin, un avenir commun possible. Les promesses du socialisme avaient été déçues, mais il nous restait, pour certains, le retour aux sources, pour d’autres le rattrapage du train de la modernité.
    Aujourd’hui on se recroqueville sur son clan, sa revendication catégorielle… On s’invente des ennemis, des fantômes qui nous cernent et fomentent des complots pour nous détruire pour éviter de regarder en face ce que nous sommes devenus et on ferme les yeux sur la lente auto-destruction en marche dans le pays.

  2. Moi je ne perds pas complètement l’espoir, les revendications catégorielles ne sont peut être qu’une action tactique en attendant une assise idéologique plus claire pour lancer des revendications politiques. Peut-être la prochaine génération.
    Et comme tu l’as bien dis, la génération 88 a été bercée dans le socialisme (romantique) alors que les jeunes d’aujourd’hui sortent d’une période de violence socio-politique garnie de survivalisme économique.

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