Une société civile plus ‘intelligente’ pour avancer le débat

Quand Lavoisier lançait sa maxime “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme” il ne pensait pas qu’elle pourrait s’appliquer aussi à l’instinct de survie dont le régime algérien puisait sa longévité. Pour comprendre ça, il faut observer cette nouvelle classe d’intellectuels qui occupent aujourd’hui le paysage médiatique en Algérie: Hichem Aboud, Anwar Malek, Mohand Ait Yaala, Yasmina Khadra, Mohamed Chafik Mesbah, Ahmad Adhimi, …etc. En effet, une nouvelle intelligentsia émergente est formée d’anciens cadres militaires directement ou indirectement associés aux services de renseignement. Cette intelligentsia se présente aujourd’hui, et paradoxalement, comme la partie visible de la société civile en Algérie. Avoir des ex-militaires qui offrent leur expertise pour faire avancer le débat publique au pays n’est pas un problème du tout.  Cela dit, un minimum de perspicuité nous oblige à nous poser quelques questions. Par exemple, comment concevoir qu’un ex capitaine de la sécurité militaire, s’exile en France, puis publie un pamphlet blasphématoire sur les généraux(1) ensuite rentre soudainement en Algérie comme si rien n’était et sans qu’il en soit inquiété ? Anwar Malek en est un autre où il est difficile de comprendre comment cet ex capitaine des services qui se convertisse en expert de la guerre secrète entre l’Algérie et le Maroc, et des dessous du Chi’a(2) en Algérie, et en même temps joue l’envoyé humanitaire de la ligue arabe en Polisario et en Syrie sans qu’il y ait officiellement un feu vert d’Alger. Mais tous ça peut être expliqué par un concours de circonstance qu’on peut toujours imaginer. Après tout, l’Algérie est bien le pays de toutes les incongruités. D’ailleurs l’armée algérienne a su aussi engendrer de son sein celui qui est aujourd’hui probablement l’auteur maghrébin le plus lu du monde et dont les œuvres sont traduites dans toutes les langues du monde: Yasmina Khadra. Son nom est déjà un prélude à une histoire rocambolesque. Remarquez déjà que là on n’est pas devant un cas typique d’un sortant de l’université de la Sorbonne ou de Harvard. Non! Là en est bien devant un ancien officier de l’armée algérienne qui s’exile en France pour assouvir sa passion de l’écriture. Et je peux vous dire que ses œuvres ne représentent guerre une source quelconque d’inquiétude pour le régime à Alger. En tous cas, il faut reconnaître que si tous ça faisait vraiment parti d’une quelconque stratégie des services, on peut dire que c’en est une des plus réussie.

socivile

Mohamed Chafik Mesbah est une énigme pour moi. D’abord, colonel du DRS qui, soit disons, se libère de ses obligations envers les services pour participer aux grandes devinettes des médias algériens. Il apparaît, cependant, comme ayant la flexibilité d’émettre des opinions sur l’État, le Président et sur les cours des choses, tout en faisant bousculer les choses, s’il le faut, sans toutefois qu’il soit rappelé de son obligation de réserve. Pour moi, ça signifie une chose: il n’est pas fortuit de besogner des années pour devenir un colonel du DRS juste pour se retrouver, à la retraite, avec un air d’intellectuel mondain, jouer la coqueluche des médias. Quand aux dernières sorties du général Ait Yaala avec sa deuxième république (3), la première question qui m’était venu à l’esprit est la suivante: C’est quoi qu’on fait au juste dans l’armée algérienne ? Vraiment ! A part montrer à tout le monde que les militaires ne sont pas tous comme le général Zeroual, est qu’il savent des fois entretenir une conversation niveau Bac+2, le général n’apporte rien de fondamental.

Mais il doit y avoir sans doute quelque chose de fondamental dans la manifestation de cette intelligentsia et que je ne saisi pas encore. Comment les reconnaît-on? Leurs interventions sont souvent médiatisées car ils apportent des analyses hardies que peu de gens ont le courage de tenter, étayées par des informations “intelligentes” que peu de gens possèdent. Bien sur cela se comprend car ces nouveaux intellectuels  bénéficient d’amitiés avec d’ex-collègues hauts placés dans les cercles influents. Dans les faits, ils jouissent d’une immunité contre les harcèlements que d’autres journalistes et gens de médias subissent quotidiennement. Leur connaissance des tenants et aboutissants de la réalité politique en Algérie les place naturellement dans des positions influentes de la scène médiatique. Maintenant, quand à leur intervention en ces temps précis;  est-ce à dessin ou est-ce l’évolution normale des choses, la question reste posée et de toutes façon peu de gens se la posent. Certains avancent la théorie du conflits claniques dans l’appareil militaro-sécuritaire, ou entre l’Armée et la Présidence. D’autres pensent que la gravité des choses a nécessité d’activer ces experts au lieu de compter sur des écrivains volontaristes et des journalistes à la solde du système, et qui ne conviennent plus au contexte socio-politique actuel.

  1. La mafia des généraux. Chez Lattes. 2002. http://www.amazon.fr/La-Mafia-g%C3%A9n%C3%A9raux-Hichem-Aboud/dp/270962337
  2. أسرار الشيعة والإرهاب في الجزائر – أنور مالك
  3. Algérie : le Général Yala lance son projet politique pour fonder la IIe République. http://www.algerie-focus.com/blog/2012/10/22/algerie-le-general-yala-lance-son-projet-politique-pour-fonder-la-iie-republique/
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